Cette semaine, j’ai eu la chance de déjeuner avec un grand dirigeant, à la tête d’une société de conseil financier.
Ce genre de moment rare où le temps se suspend.
Où l’on prend du recul.
Où l’on essaie de comprendre, plus que de commenter.
Et très vite, la conversation a dérivé vers un sentiment commun :
une forme de perplexité face au monde.
En l’écoutant, un constat m’a frappé.
Il y a 10 ans, la France était en avance sur des sujets clés :
l’armement,
l’énergie avec le nucléaire,
l’agriculture.
Aujourd’hui, dans un monde qui se fracture et où les grandes puissances se replient sur elles-mêmes, trois priorités s’imposent partout :
👉 se défendre militairement
👉 être indépendant énergétiquement
👉 être autonome sur le plan alimentaire
Trois sujets… sur lesquels nous étions forts.
Alors une question simple, presque brutale :
Comment avons-nous pu, en dix ans, lâcher des thèmes aussi stratégiques ?
Une histoire personnelle
Cette conversation m’a fait replonger dans mes souvenirs.
J’ai grandi sur une exploitation agricole.
En Normandie.
Dans le bocage virois.
Une ferme familiale de 100 hectares, avec 450 000 litres de quota laitier.
Mes souvenirs d’enfance sont là-bas.
Un monde rustique.
Des bâtiments anciens.
Des tracteurs fatigués.
Des conditions de travail difficiles.
Les hivers étaient froids, humides.
Et pourtant… ce sont parmi mes plus belles années.
Celles où j’allais chercher les vaches avec mon bâton.
Celles où je participais à la traite.
Celles où je me réveillais la nuit pour assister à un vêlage.
Celles où j’attendais l’été pour voir si l’humidité du blé permettrait enfin de lancer la moisson.
C’était dur.
Mais c’était simple.
Et il y avait une forme de légèreté.
Les premières incohérences
Déjà enfant, certaines choses me troublaient.
Ces fameux quotas laitiers, par exemple.
Lorsque le quota était atteint, produire plus signifiait payer des pénalités.
Alors… on ouvrait le tank à lait.
Et on le laissait partir au caniveau.
J’avais 10 ans.
Et je ne comprenais pas.
D’un côté, on organisait des opérations “bol de riz” pour la Somalie.
De l’autre, on jetait une denrée alimentaire.
Fou. Complètement fou.
Le point de bascule
Puis est arrivé le moment des mises aux normes.
On a demandé aux agriculteurs de se moderniser.
De construire.
D’investir.
Chez nous, cela s’est traduit par un nouveau bâtiment.
Moderne. Fonctionnel. Impressionnant.
Mais derrière…
Des emprunts lourds.
Des mensualités longues.
Un engagement financier massif.
Un an et demi de travaux.
Et un changement profond.
Les conditions de travail se sont améliorées.
Mais quelque chose s’est transformé.
Le stress est apparu.
Et avec lui, une nouvelle logique :
👉 grandir pour survivre
👉 produire plus
👉 s’équiper davantage
J’ai eu le sentiment que nous perdions quelque chose.
La légèreté.
Le lien à la nature.
La simplicité.
Comprendre ce qui s’est joué
Plus tard, j’ai rencontré André Pochon.
Deux heures avec lui m’ont fait comprendre plus que des années d’observation.
Il racontait une autre histoire de l’agriculture.
Avant-guerre, un équilibre existait :
les animaux, les cultures, les sols… tout fonctionnait ensemble.
Puis est arrivée l’influence américaine.
Le maïs s’est imposé.
Une plante pauvre en azote.
Donc il fallait compléter.
Avec du soja.
Et le soja… venait des États-Unis.
Un système parfait.
Mais un système dépendant.
Selon lui, c’est là que tout a basculé :
👉 intensification
👉 dépendance
👉 déconnexion du vivant
Avant, il fallait autant de prairies que de bétail.
Après, les animaux pouvaient être nourris sans sortir.
Un changement de modèle.
Un changement de monde.
Et aujourd’hui ?
À 17 ans, j’ai fait le choix de ne pas reprendre.
Je me suis éloigné.
Mais jamais totalement.
L’exploitation familiale, elle, a continué d’évoluer.
Fusion.
Croissance.
Modernisation.
On n’était plus dans une ferme.
On était dans une entreprise.
Et aujourd’hui encore, ce modèle nécessite toujours plus de moyens.
Toujours plus d’investissement.
Ce que ça dit de notre époque
Quand je repense à cette discussion de la semaine…
et à mon histoire personnelle…
Je ne peux pas m’empêcher de faire le lien.
Nous avons cherché la performance.
L’optimisation.
La croissance.
Mais à quel prix ?
Aujourd’hui, les grandes puissances parlent de souveraineté alimentaire.
Et nous réalisons que nous avons fragilisé ce qui faisait notre force.
Une rencontre… et une opportunité
C’est aussi pour cela que certains dossiers me parlent différemment.
Ce fut le cas avec Eloi.
La première fois qu’on m’en parle, c’est Caroline Fulda.
Je la connais depuis plus de 10 ans.
J'ai été son banquier. Je l'ai vu évoluer.
Elle était la première salariée de To good to go.
Elle fait partie de celles qui ont contribué au succès de l'application en France.
Nos routes se sont recroisés, il y a plusieurs mois.
Elle m'a dit travailler pour Eloi, et que la startup était en levée de fonds.
Le projet est intéressant.
Mais des questions subsistent sur la scalabilité.
Puis ils reviennent.
Ils ont pivoté.
Et là… changement de dimension.
Les chiffres sont là.
La vision aussi.
Et surtout, un sujet de fond :
comment accompagner la transmission agricole et redonner du souffle à ce secteur.
Et maintenant ?
J’ai envie d’aller plus loin.
D’emmener Eloi en rendez-vous experts.
De challenger.
D’enrichir.
D’ouvrir le débat.
👉 Je cherche donc quelques volontaires.
📅 Le 15 avril à 18h
📍 visio
Si ce sujet vous parle,
si vous avez une sensibilité pour ces enjeux,
ou simplement l’envie de comprendre…
Répondez-moi.
Une voix, une enfance, et une leçon de vie
Ces dernières semaines, sans trop savoir pourquoi, beaucoup de souvenirs d’enfance sont remontés.
Des images.
Des sensations.
Des moments simples.
Et au milieu de tout ça… une voix.
Celle de Charles Biétry.
Je suis un bébé Canal+.
Un bébé football.
J’ai grandi avec ces soirées du week-end,
ces matchs regardés en famille (ou j'étais seul à la maison à supporter le PSG)
et cette manière unique de raconter le sport.
Biétry, ce n’était pas juste du commentaire.
C’était une façon de vivre le match.
Une intensité.
Une émotion.
Une proximité.
Cette semaine, j’ai regardé le documentaire « Génération Biétry ».
Et sincèrement… j’ai été très ému.
On y découvre l’homme derrière la voix.
Celui qui a révolutionné la manière de raconter le sport à la télévision, notamment sur Canal+, en transformant une simple retransmission en véritable expérience .
Mais surtout…
On y découvre son combat.
Atteint de la maladie de Charcot,
il ne peut plus parler.
Et pourtant, grâce à une voix recréée, il continue de raconter, de transmettre, de partager… jusqu’au bout .
Ce qui m’a marqué, ce n’est pas seulement sa carrière.
C’est son état d’esprit.
Cette phrase, notamment : "ne pas ajouter la peur de la mort… à la mort elle-même"
Une forme de lucidité.
De dignité.
Et surtout… de courage.
On parle souvent de résilience.
On utilise ce mot à tout-va.
Mais là… on est à un autre niveau.
Celui de quelqu’un qui a tout vécu :
les sommets,
les échecs,
la lumière,
et maintenant la maladie.
Et qui, malgré tout, ne lâche rien.
En regardant ce documentaire, je n’ai pas seulement vu un journaliste.
J’ai retrouvé une partie de mon enfance.
Et j’ai surtout vu une leçon de vie.
👉 Faire les choses à fond
👉 Transmettre
👉 Et ne jamais abandonner, même quand tout devient plus difficile
Dans une période où l’actualité est souvent lourde, tendue, brutale…
Ce genre de témoignage fait du bien.
Parce qu’il remet les choses à leur place.
Parce qu’il rappelle que derrière les trajectoires, il y a des combats invisibles.
Et que la manière dont on choisit de les mener…
dit souvent beaucoup plus que tout le reste.
Si vous avez une heure cette semaine,
regardez ce documentaire.
Pas pour le sport.
Mais pour l’homme.
Voilà pour aujourd'hui
Bon dimanche
Matthieu